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12/05/2008

Textes anciens

Bonjour à tous,

ici tout va bien, je parts demain pour une petite ville à l'"est de Tana nommée Ampefy, très jolie parait-il.
J'ai bien avancé sur mes écrits, à défaut d'avoir pu partir à Morondava où je comptais aller.
Avec les faux plans en série, je n'ai pu prévoir tout cela, et les places dans les avions étaient bookées ou très chères.
Donc j'ai passé ces quelques jours, à la malgache, mora mora, à écrire paisiblement.
En faisant du tri dans mes écrits, j'ai retrouvé deux textes que je trouvais intéressants.
Les voici...


Ecrire 

J’écris pour me battre.
Chaque mot que je couche sur le papier fait reculer les barrières de la fixité embaumante de l’espèce à laquelle j’appartiens.
Longtemps enfermé dans un état larvaire que je tentais d’étouffer en ajoutant des couches de soie à mon cocon, je trouve par l’écrire, le faire, le composer, le peindre : le vivre.
Un mot pensé est une musique, une image, un concept, un monde, il tient dans sa retenue tout le potentiel de « devenir ». Ce passage du « devenir » à l’état d’être fait passer le « potentiel » au « sensoriel ».
Un mot écrit sur le papier est une image tant que personne ne le lit.
Une fois lu, il devient ce que veut bien en faire celui qui s’en empare.
Parfois, j’écris comme on pratiquait la saignée, j’évacue le trop plein pour laisser de l’espace à la matière, au corps.
Je tente de rester « au plus près », à fleur. J’observe les frissons, la moindre expression de sensation, fine , rare. Je reste là.
L’absence est pleine de tout ce qu’elle ne montre pas.
J’aime l’été pour l’été, l’hiver pour l’hiver mais aussi parce qu’ils me rapprochent chacun, lorsqu’ils sont présents, un peu plus de celui qui les suit. L’automne et le printemps sont les amants de l’année pleine, reconnue.
Je veux être proche de celui qui regarde, non pas le spectateur, le lecteur, l’auditeur, mais le regardant, le sentant.
J’ai trop entendu et dû me borner à des vérités sans nom, des « c’est comme ça, ce n’est pas autrement » qui m’ont construit, en « contournements ». Le mur existe pour qu’on l’évite.
Ecrire, c’est partager et « mettre des mots » sur des choses que certains n’arrivent pas à énoncer, peut être par peur de ce qu’elles deviennent ensuite.
La vie est un théâtre dans lequel il se passe des actions convenues (morales ou immorales) et ou le spectateur fait acte. Ecrire, c’est dire à l’autre que l’on peut faire acte vers la direction ou bon nous semble. Ecrire, je crois que c’est un peu se prendre pour un phare, au large de la baie des trépassés. C’est briller, percer l’épaisse couche de nuit qui envahit le tout, se faire ronger les pieds par la mer déchaînée et écorcher le crâne par des souffles moqueurs, ironiques. C’est aussi après la tempête, se retourner serein, éteint, aux premières lueurs de l’aube, et contempler la splendeur d’un monde si merveilleusement complexe et calme à ce moment là. Ecrire, c’est aussi l’ambivalence de se dire au petit matin qu’aucun bateau ne s’est échoué, ou en tout cas qu’on n’en voit pas, et que peut- être est-ce grâce à cette loupiote qui ne cesse de scintiller au fond du cœur du poète, qu’il n’y a pas eu, cette nuit là, de naufrage, peut-être… Le beau réside dans cette incertitude.
Le phare est noble dans sa potentialité solitaire, de jour, les hommes ne le voient que comme un édifice, un symbole ; les enfants pensent à casser l’ampoule ou le confondent avec la lune.
Ecrire c’est tout ça ou simplement croire que c’est tout ça, dans les deux cas, cela fait écrire…

 

 

 

Pensées délicates…et éclatement de la rate.

Structures hypothétiques.

Ah j’aimerais me gausser de cette situation.
Je rie intérieurement de sombrer.
Bastion, le drapeau s’élève sur un monticule de terre contenu dans une boîte lisse, en fer.
L’image me fait plaisir, ironique de ce conservatisme enfermé dans un cylindre, que seule l’étiquette graphique rehausse d’humanité.
Mais quelle humanité ?
La mienne ?
Celle sur laquelle je pleure ?
L’humanité idéalisée des livres du XVI ème siècle ne vit que dans l’esprit des présomptueux, assez fous ou assez vantards pour penser se racheter une conscience, pour penser gagner ou pire, mériter une supériorité humble.

Être quelqu’un de bien, c’est ne pas y penser.
Vouloir être bien, c’est cracher sur sa constitution, sur sa nature, c’est finalement se nier, se suicider à coup de petite cuillère à thé, petit doigt levé.
La convenance n ‘est pas une vertue.
La politesse des rois n’a d’égale que leur cruauté et leur tyrannie.
Courir après une normalité que l’on conchie, c’est se retourner les ongles à chaque caresse.
La vie n’a de sens que si on ne le cherche pas.
Perdu dans un dépôt de panneaux de signalisation, je saute en l’air sur place, comme un lapin pourri, gangrené de toute part, sûr que quelqu’un me verra un jour sauter, qu’on me sortira de là, inconscient que je suis bel et bien dans une boite lisse, en fer.
L'étiquette qui me caractérise se décolle. Les intempéries la frappe. La boîte rouille et disparaît dans un tas de déchets presque neufs.

Posé.
Je m’ouvre à la réalité. Le chant des sirènes se calme ou du moins s’éloigne.
Sirène de la réussite, sirène de l’argent, sirène du bruit, de l’insertion sociale, sirène de l’amour propre et sirène du danger.
Seul le chant de l’amour pénètre mon esprit et s’insinue, nourrit, irrigue, petit à petit la souche sèche de mon espérance.
Je redécouvre sa puissance, je retrouve son souffle rassurant et son odeur d’épices.
Là, les pieds nus, j'entends au loin l’euphorie des fêtes du 14 juillet qui brandissent leur honneur à,grand coup de pétards. J’aime en être à l’écart.
Et quand enfin, Ils se taisent, les grillons, sereins, continuent leur sérénade vaine, et moi, mon écriture rédemptrice.
L'atmosphère légèrement parfumée par les essences d’un rosier ardent et calme me fait simplement du bien.
Le silence permet à mon esprit de survoler son entourage, de se projeter par delà ma carcasse de viande.
La terrasse est encore chaude de sa soumission à l’astre brillant, elle révèle enfin sa douceur, et sa population fourmilière transportant des pétales, comme le vent les échos des villes.
Les papillons flottent autour des lumières et leurs ombres sur-dimensionnées habillent furtivement les lisses murs blancs, qui finalement ne sont peut-être là que pour les accueillir.
Allongé, on grandit paraît-il, si seulement je pouvais coucher ma foie sur un billau pour mesurer son étirement…
Le ciel s’assombrit d’un bleu révélateur d’étoiles que la lumière vive du jour annihile.
Subitement, je ressens une humidité lascive. Je la ressens d’un coup alors que c’est lentement que l’air s’est chargé de la mettre en valeur.
Une sensation de frais envahit les buissons, court le long des lierres et lézarderait les mûres, si elles avaient la chance de pousser sur ces surfaces verticales, lisses et insipides.
 

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